Rien de ce que je transmets ne s’est construit ailleurs que dans ma chair.
Ce que je propose ici n’est pas né d’une idée. C’est un chemin qui s’est écrit dans mon corps, dans mes silences, dans les traversées que je n’ai pas choisies, mais qui m’ont formée. Dans les premiers temps, je n’ai pas conceptualisé mon œuvre. Je l’ai vécue. Elle m’a assailli, m’a exigé. Et c’est depuis ce lieu : celui de l’expérience initiatique, que je parle.
Ce récit est plus alchimique que biographique. C’est pour cela qu’il suit le mouvement des éléments : Terre, Eau, Air, Feu. Chacun est un territoire que j’ai habité, perdu, retrouvé et dont je transmets aujourd’hui la carte.
Terre
Le sol de mon Feu
C’est là que tout commence.
Dans un corps que je n’avais pas choisi, dans un monde que je ne comprenais pas encore. La Terre m’a d’abord été étrangère. J’y suis tombée sans repères. Mais dans ce chaos primitif, un feu a jailli. Non pas un feu mental. Un feu archaïque, têtu. Le feu de celle qui sait, avant même d’avoir appris. J’ai grandi, le cœur entre deux continents, deux lignées, deux silences. J’ai dû creuser sous les ruines pour retrouver mes racines. Et c’est dans l’obscur, dans le noir mat de mon prénom, que j’ai senti la première vibration du Désir vivant…
Eau
Les liens dissous et reconstitués
Il fallait aimer. Mais comment aimer quand on ne sait pas si l’amour est un piège ? L’Eau m’a immergée dans les loyautés invisibles, les confusions affectives, les fusions qui consument. J’ai appris à distinguer l’attachement du lien, la douleur de l’intimité. Je suis descendue dans mes propres abîmes, là où l’émotion n’est plus noble ni belle, mais brute, désordonnée.
Et c’est là, au cœur de la tempête, que la Mère Sombre m’a soufflé qu’il existait une forme d’amour qui ne blesse pas. Un amour qui ne demande pas d’être niée pour être reçue. Un amour qui ne s’oppose pas au Feu, mais le révèle. Alors j’ai appris à me relier sans me dissoudre, à aimer sans me trahir
Air
La parole comme verticalité
J’ai porté le silence comme on porte un nom qu’on n’a pas choisi. Puis, un jour, j’ai compris : le silence n’est pas toujours paix. Il est parfois refus d’exister.
Alors j’ai parlé. Et ma parole a tranché. Non par violence, mais par nécessité. J’ai appris à dire sans séduire, à nommer sans accuser, à tisser du sens là où tout semblait incohérent.
Chaque mot posé était une offrande. Une tentative de rétablir la justice invisible. Le Verbe n’était plus un outil de survie : il devenait passage.
Passage entre ce que je savais sans pouvoir le dire, et ce que je ne pouvais plus taire
Feu
L’offrande de l’Être
Je ne suis pas venue pour être comprise. Je suis venue pour offrir un Feu qui ne demande plus à plaire. Un Feu qui se tient, droit, même s’il dérange. Je n’ai pas choisi ce feu. Il m’a traversée. Le seul choix que j’avais, était de ne plus l’éteindre. Ce Feu n’est pas personnel. Il est mémoire collective.
Aujourd’hui, je ne transmets pas une méthode : j’incarne un passage. Et ce passage n’est pas à suivre. Il est à reconnaître. Car peut-être le feu que tu portes est de la même lignée.